Besoin de pharmaciens en établissement de santé

Historique sur les effectifs

En avril 2001, le groupe de planification de la main-d’œuvre du ministère de la Santé et des Services sociaux publiait un rapport faisant état d’un écart croissant entre les besoins de main-d’œuvre professionnelle en pharmacie d’établissement et les perspectives de recrutement sur 15 ans. Dès 2002, l’A.P.E.S. a commencé à réaliser des enquêtes sur les effectifs en pharmacie auprès de ses membres afin de recueillir de l’information sur la pénurie déjà bien installée et ses conséquences sur les soins et les services pharmaceutiques.

À compter de 2006 et pendant une quinzaine d’années, l’enquête a porté principalement sur la comparaison entre le nombre de postes de pharmaciens sans titulaire ou temporairement dépourvus de titulaire et le nombre de postes autorisés au budget de chaque établissement de santé. 

En 2023, l’A.P.E.S. a décidé de mesurer l’état de l’offre de soins pharmaceutiques, c’est-à-dire de l’affectation de pharmaciens à certaines unités de soins et cliniques ambulatoires pour fournir de tels soins aux patients. Cette décision vise à obtenir un portrait plus juste des besoins en pharmaciens dans les établissements de santé. En effet, la création de postes de pharmaciens se trouve ralentie par la pénurie d’effectifs, et ce, malgré la hausse des besoins de soins pharmaceutiques due, notamment, au vieillissement de la population et à la multiplication des problèmes de santé, de même qu’à la complexité de la pharmacothérapie et à l’explosion des coûts des médicaments. Ainsi, le taux de vacance des postes ne reflète plus les besoins réels en pharmaciens dans les hôpitaux du Québec. 

Résultats 2023

Au printemps 2023, les 40 chefs de département de pharmacie des établissements de santé du Québec ont été invités à remplir un questionnaire pour l’ensemble des installations de leur établissement. De ce nombre, 37 ont répondu aux questions (taux de réponse de 92,5 %). 

L’enquête a couvert sept secteurs de soins, soit la dialyse rénale (clientèle ambulatoire), l’oncologie (clientèle ambulatoire), l’urgence, les soins intensifs et coronariens, l’hospitalisation en médecine et chirurgie, l’hospitalisation en psychiatrie et l’hébergement en soins de longue durée. L’Association a recueilli auprès des départements de pharmacie le nombre d’équivalents temps complet (ETC) actuellement affectés à chaque secteur. Elle a ensuite mesuré l’écart entre ces données et le nombre d’ETC requis selon des ratios pharmacien-patients. Ces ratios émanent du MSSS ou des travaux de regroupements de pharmaciens experts ou, pour deux secteurs, de la littérature scientifique.

Les secteurs de la dialyse ambulatoire et de l’urgence sont ceux dont les besoins de pharmaciens pour donner des soins pharmaceutiques sont les moins couverts, avec des taux de couverture respectifs de 18 % et 38 %. L’oncologie ambulatoire et la longue durée se sont révélées comme étant les secteurs les mieux couverts, à 85 % et 71 % respectivement. Soulignons toutefois que l’oncologie ne peut fonctionner sans pharmacien, ce qui contribue au pourcentage de couverture élevé. Pour ce qui est de l’hébergement et des soins de longue durée, il est à noter que le MSSS a octroyé à ce secteur, en 2022, 200 postes supplémentaires de pharmaciens sur trois ans. L’enquête de l’A.P.E.S. n’a toutefois pas permis d’établir si ces postes étaient ou non comptabilisés au budget des établissements. Pour cette raison, le pourcentage de couverture en longue durée ne peut être considéré totalement représentatif de la situation. 

Recours au dépannage

Il est à noter que 15 établissements sur 37 (41 %) ont eu recours à des pharmaciens dépanneurs. Au total, 8 219 jours de dépannage ont été réalisés entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2023, ce qui équivaut à 36 ETC. Les besoins en dépannage ont varié considérablement d’un établissement à l’autre (entre 29 et 1 596 jours), pour une moyenne de 548 jours. Parmi les établissements ayant fait appel à des pharmaciens dépanneurs, 67 % (n=10) ont requis leurs services pendant plus de 180 jours et 6, situés dans 6 régions différentes, ont déclaré y avoir eu recours pour une période supérieure à la moyenne, soit entre 786 et 1 596 jours. Le recours au dépannage est donc demeuré nécessaire pendant l’année 2022-2023.

Défi d’attirer la relève en pharmacie d’établissement

À l’automne 2023, seulement 53 pharmaciens ont amorcé le programme de maîtrise en pharmacothérapie avancée, même si 114 bourses étaient disponibles. L’A.P.E.S. suit de près cette situation préoccupante compte tenu des besoins de pharmaciens dans les établissements de santé et sensibilise les autorités. Alors que les inscriptions et le nombre de bourses qu’accorde le MSSS avaient crû de 2019 à 2022, une tendance à la baisse des inscriptions est à craindre. En effet, le manque de pharmaciens également ressenti dans les pharmacies privées et les salaires en hausse dans ce secteur ont pour effet de creuser un écart salarial important à l’entrée de la profession entre les secteurs public et privé. Rappelons que ce phénomène a longtemps contribué à l’aggravation de la pénurie de pharmaciens dans les établissements de santé. 

Information complémentaire sur la pénurie de pharmaciens

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