Pénurie de pharmaciens en établissement de santé

Enquête sur les effectifs

En avril 2001, le groupe de planification de la main-d’œuvre du ministère de la Santé et des Services sociaux publiait un rapport faisant état d’un écart croissant entre les besoins de main-d’œuvre professionnelle en pharmacie d’établissement et les perspectives de recrutement sur 15 ans. Dès 2002, l’A.P.E.S. a commencé à réaliser des enquêtes sur les effectifs en pharmacie auprès de ses membres afin de recueillir de l’information sur la pénurie déjà bien installée et sur ses conséquences sur les soins et services pharmaceutiques.

Depuis 2006, la comparaison entre le nombre de postes de pharmaciens sans titulaire ou temporairement dépourvus de titulaire et le nombre de postes autorisés au budget de chaque établissement de santé s’appuie sur une méthodologie objective et reproductible.

Au printemps 2020, tous les chefs de département de pharmacie des établissements de santé du Québec ont été invités à remplir un questionnaire pour l’ensemble des installations de leur établissement. Au total, 40 questionnaires ont été envoyés par courriel.

Résultats 2020

Les résultats obtenus au 1er avril 2020, auprès de 37 répondants (taux de réponse de 92,5%), montrent une légère augmentation des effectifs pharmaceutiques par rapport à l’année précédente. En effet, au 1er avril 2019, 19,1% des postes de pharmaciens autorisés au budget étaient sans titulaire ou temporairement dépourvus de titulaire alors qu’ils représentent 18,7% des postes autorisés un an plus tard. Cette amélioration ponctuelle ne reflète toutefois pas une tendance, puisque le pourcentage d’effectifs manquants en 2020 se compare à la moyenne calculée sur les cinq dernières années.

Sur un total de 1529 équivalents temps complet (ETC) autorisés, 286,2 ETC étaient à combler au 1er avril 2020. On pourrait croire que la pénurie de pharmaciens affecte surtout les régions éloignées, mais à Montréal, où on compte 36% des effectifs autorisés à l’échelle de la province, 16,8% des postes étaient dépourvus ou temporairement dépourvus de titulaire au moment de l’enquête. Au 1er avril 2020, un peu plus de 60% des régions ou 17 établissements sur 37 (46%) devaient composer avec un manque global d’effectifs supérieur à la moyenne provinciale. À pareille date, près du tiers des départements de pharmacie affichaient un manque d’effectifs excédant 25%, et un peu moins d’un sur cinq accusait un déficit d’effectifs dépassant 30%.

D’ailleurs, 18 établissements sur 37 (49%) ont eu recours à des pharmaciens dépanneurs pour un total de 5503 jours entre le 1er avril 2019 et le 1er avril 2020, ce qui correspond à 24 ETC.

En 2019, les résultats de l’enquête sur les effectifs traduisaient la difficulté des départements de pharmacie à affecter des pharmaciens en centre d’hébergement de soins de longue durée afin de prodiguer des soins pharmaceutiques. À ce moment, 39% (145 sur 372) des installations ayant une mission CHSLD dans les établissements de santé publics n’avaient pas de pharmacien d’établissement sur place. Alors que le gouvernement du Québec souhaite l’implantation d’un modèle de soins inspiré des approches OPUS-AP1 et PEPS2 dans tous les CHSLD publics, l’A.P.E.S. a voulu vérifier en 2020 combien de postes de pharmacien avaient été octroyés à cette fin et combien parmi ceux-ci étaient occupés. Au 1er avril 2020, seulement 7,7 ETC avaient été autorisés au sein des 27 établissements répondants admissibles au programme et 84% d’entre eux (6,5 ETC) étaient occupés.

En conclusion, 20 ans après son constat, le déficit de pharmaciens dans les établissements de santé du Québec perdure. Outre les postes non comblés, le nombre de postes de pharmaciens au budget des établissements n’est pas en adéquation avec les besoins de soins d’une population vieillissante et la complexité des pharmacothérapies. Bien que l’ampleur des besoins d’effectifs varie selon les régions, la solution centrale demeure de convaincre plus de candidats à réaliser la maîtrise en pharmacothérapie avancée pour exercer en établissement de santé.

1 Démarche d’Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services (OPUS) visant la déprescription d’antipsychotiques (AP) chez les résidents de CHSLD atteints de symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SPCD).

2 Projet d’évaluation de la personnalisation des soins (PEPS) médicaux, infirmiers et pharmaceutiques en CHSLD.


Résultats de l’enquête sur l’état des effectifs (2020)
Évolution du nombre de jours de dépannage en pharmacie d’établissement (2020)
Programme de bourses aux étudiants à la maîtrise en pharmacie d’hôpital

Information complémentaire sur la pénurie de pharmaciens

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